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    Épis légers qui dansent 

    buddleia agité par le vent

    érotisme pour papillons.


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  • Dans ce petit poème se cache un oiseau :

    prend d’abords un P

    prend ensuite un I

    pour faire la queue

    ajoute un E


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  • Histoires de Mamie Noun’ Confinée. Printemps 2020

    Le virus

       Il était une fois un vilain virus qui était si moche qu’on l’avait appelé Corridalavache. Il était rond et tellement griffu qu’il s’accrochait partout. Ça obligeait les grand’mères à choir sur leur derrière, les enfants à faire enrager leurs parents, les maîtresses à se tirer sur les tresses.  Heureusement il y avait à Beloire un Superpouvoir, décidé à lutter contre le vilain virus. Il s’appelait Sonigala. Personne ne pouvait le voir sauf les chats. Il y en avait quatre : le roux (Doudou), le gris (Grimace), le noir et blanc (Blancbec), et le plus beau, (Cuzco).                                             

    Sonigala dit à Doudou : demande aux abeilles, qui butinent la bourrache bleue, de le piquer. Corridalavache tiqua et fit  caca. Cuzco miaula : « Bravo ! ».

    Sonigala dit à Grimace d’aller demander aux brebis et leurs agneaux de bêler bien fort, si bien que Corridalavache, abasourdi, devint complètement abruti. Cuzco miaula : « Bravo ! ».

    Enfin, Sonigala dit à Blancbec de se passer la patte derrière l’oreille gauche : alors il se mit à pleuvoir très fort et Corridalavache se noya: l’eau emporta son V, puis son I, puis son R, puis son U et enfin son S, et il disparut. 

    Cuzco miaula :  « Bravo ! », mais… seulement après avoir couru se mettre à l’abri.

       Blancbec s’était passé la patte très fort derrière l’oreille, et il avait dit : - il va bleuvoir. - On ne dit pas bleuvoir, on dit pleuvoir, lui dit Cuzco en filant se mettre à l’abri. Blancbec marmonna dans sa moustache : - après la bluie on va voir du bleu, du ciel bleu. - Qu’est-ce que c’est que ce blabla, c’est du charabia ou quoi ? demanda le chat roux, Doudou. J’ai envie de faire dodo. - Moi, dit Grimace, je voudrais faire du dada. - On ne dit pas dada, dit Cuzco, on dit cheval. Je connais un cheval, on ira le voir quand il aura cessé de pleuvoir.

       Quand le ciel fut redevenu bleu, Cuzco les emmena au bout du chemin. Là, dans un pré, il y avait Gitan, un grand cheval brun. - Holala, dit Grimace, il est très grand, comment faire pour monter sur son dos ? - Et y faire dodo ? demanda Doudou qui dormait déjà à moitié. - La moitié de dodo, dit Cuzco, c’est do, c’est une note de musique. Chantez :

    do ré mi fa sol la si do, gratte moi la puce que j’ai dans l’dos

    si tu l’avais grattée plus tôt, elle ne s’rait pas montée si haut.

    Blancbec se faufila sous le ventre de Gitan et dit : - regardez ses pattes, on dirait des troncs d’arbres, on peut y grimper avec nos griffes. - Holala, dit Cuzco, stop, arrêtez vos bêtises, vous allez lui faire du mal. Si vous voulez grimper dans un arbre, il y a le figuier, suivez-moi.

       Ils retournèrent dans le jardin ; Cuzco devant avec sa queue bien droite comme un plumeau. Ils grimpèrent tous les quatre dans le figuier. - Regardez, dit Cuzco, on voit la Gironde. Doudou dit : - on a vu Gi-Gi-Gitan, maintenant on voit la Gi-Gi-Gironde. - Mais, dit Grimace, elle n’est pas ronde, elle est toute plate. - C’est peut-être une crèpe dit le gourmand Doudou… (Quelque part, pensa rêveusement Cuzco, je connais un petit garçon qui aime les crèpes.) - Elle a une drôle de couleur, elle n’est pas comme la mer, dit Grimace. - La Gironde est bleu vert quand ce sont les petites marées ; en ce moment ce sont les grandes marées, dit Cuzco, alors le sable et la vase sont remués par le courant. - On dirait du chocolat, dit Doudou… (Quelque part, pensa rêveusement Cuzco, je connais un petit garçon qui aime le chocolat. Et il se mit à ronronner.)

       A ce moment, deux cigognes passèrent en planant au dessus du figuier. - Vont-elles se coucher dans leur nid ? demanda Doudou. Cuzco entrouvrit ses yeux verts : - les oiseaux dorment dans les branchages. Le nid, c’est pour pondre et élever les petits. - Ah, je sais, dit Grimace, elles vont pondre des œufs de Pâques. - Des œufs de papa ? demanda Blancbec qui avait mal entendu. Cuzco fit vibrer ses vibrisses : - des œufs de cigognes. Les hirondelles pondent des œufs d’hirondelles, les poules des œufs de poules. - Alors, Cuzco, qui pond les œufs de Pâques ? demandèrent-ils ensemble. Ils m’agacent, avec leurs questions idiotes, pensa Cuzco, et il sauta au pied du figuier.

       Non, les papas ne pondent pas, réfléchissait Cuzco. Pourtant, il y a des papas poule. Les coqs ne pondent pas, il fécondent. Si l’un fécond et que l’autre pond ça fait des poussins. Mais les œufs de Pâques ? Pourquoi sont-ils en chocolat ? – Peut-être, lui dit Doudou, à cause des dodos. – Ces oiseaux, dit Cuzco, vivaient sur l’ile Maurice, ils en ont disparu. – Il y en avait peut-être aussi sur l’île de Pâques ? demanda Blancbec. Peut-être qu’ils pondaient de délicieux œufs en chocolat et comme tout le monde les ramassait, ils ont disparu ? – Il suffit peut-être, dit Grimace qui était artiste, de dessiner un œuf et de le peindre d’une belle couleur marron, et même de le décorer, puis de le découper, et puis de dire trois fois « abracadabri abracadabra » et hop, ça fait un œuf en chocolat. – Ou alors, dit Blancbec, ce sont les pâquerettes qui les pondent. Peut-être les pissenlits aussi. Ils feraient des œufs jaunes, et les bourraches des œufs bleus.

    - Hum, fit Cuzco, toujours ces questions. Au fait, leur dit-il, nous n’habitons pas l’île de Pâques, mais c’est le jour de Pâques aujourd’hui. Allez donc voir dans les pots de fleurs si vous  trouvez des œufs en chocolat … (Je connais un petit garçon, quelque part, qui en a peut-être trouvé. Et il se mit à ronronner.)

    Les chats commençaient à avoir faim. Ils étaient énervés et n’arrêtaient pas de se chamailler, Cuzco en avait assez. - Allez chez vous maintenant, leur dit-il, et il rentra dans la maison. Il alla déguster les croquettes qui étaient dans sa gamelle, et, voyant que mamie Noun’ était installée dans son fauteuil, il se dépêcha de laper son lait et vint sauter sur ses genoux : il adorait, ainsi installé, se faire caresser doucement le ventre en ronronnant, pendant que mamie Noun’ lui parlait de son P’tit d’homme.

     

    Jeux de chats

       A quoi on joue, demandèrent les chats. A chat perché, dit Cuzco et hop il sauta sur la voiture de mamie Noun’. (Quelque part, rêva Cuzco, je connais un petit garçon qui se perche dans les arbres.) – Coucou ! Coucou ! – qui crie coucou ? demanda Doudou, on ne joue pas à casse-casse. – On ne dit pas casse-casse, on dit cache-cache, dit Cuzco. Mets tes dents l’une contre l’autre pour le dire. - Ce n’est pas un hibou, je crois qu’ils font Bou ! Bou ! dit Blancbec. - Et les chouettes Hou ! Hou ! dit Grimace, et ils chantent la nuit.  - On n’a qu’à jouer à cache-cache avec celui qui chante Coucou ! Coucou ! - Oui ! dit Doudou, je vais me casser, ah, non, pas casser, je vais me cacher derrière le canapé. Cuzco se cacha derrière le rideau et Doudou fila dans la douche pendant que Blancbec comptait : un deux trois quatre cinq six sept huit neuf dix, et partait farfouiller partout pour les trouver. – Qu’est-ce que c’est que ce bazar, se fâcha mamie Noun’. Allez jouer dehors. Ils filèrent dans le jardin.

       Coucou ! Coucou ! Celui qui chantait ainsi se moquait d’eux, et en plus il était tellement  bien caché qu’il leur était impossible de le trouver. C’est peut-être un oiseau, dit Blancbec ; si on jouait à pigeon-vole ? – D’accord, dit Cuzco, il faudra lever la queue quand on dira le nom de quelque chose qui vole. – Un coucou, est-ce que chat vole ? demanda Doudou. - On dit ça vole, répondit Cuzco. Ça dépend si tu parles de la fleur ou de l’oiseau. Grimace leva la queue car il pensait à l’oiseau, Blancbec la laissa baissée parce qu’il pensait à la fleur. - Vous avez gagné tous les deux, dit Cuzco, et moi je lève ma queue car je pense aux vieux avions qu’on appelait des coucous. Ce ne sont pas des oiseaux mais ils volent. – Tapis vole ! dit Cuzco. Ils baissèrent tous la queue sauf Cuzco qui leur dit : j’ai entendu raconter une histoire de tapis volant, c’est peut-être vrai que les tapis volent. - Cerf vole, dit mamie Noun’ qui les avait entendus. Ils éclatèrent de rire. – Vous pouvez lever la queue, dit-elle. Les cerfs-volants sont des insectes qui ont des espèces de cornes sur la tête, leur vrai nom c’est lucane. – Le lucane s’envola par la lucarne, rêva Grimace, qui était poète.

         Il avait plu, les escargots étaient de sortie. Les chats s’étaient abrités sous la table du jardin. – Drôles de bestioles, dit Blancbec, avec leurs cornes molles, pas comme les vaches. Et ils n’ont pas de mamelles, dit Grimace ; comme les limaces, sur leur ventre, ils se déplacent. – Ou comme les phoques, dit Doudou. Ils pourraient faire du surf ! Et les chats pataugèrent dans une flaque pour leur faire des vagues. Les escargots s’en fichaient : ils rentrèrent dans leur coquille, et les chats furent trempés comme des soupes. Des soupes à la grimace, pensa Cuzco.

     On peut jouer aux mots qui riment, alors, dit Blancbec. Commence, Grimace. – « Grimace a vu une limace. » – « Blancbec a mangé un bonbec. » – « Doudou a fait un scoubidou. » Et toi, Cuzco ? – « Cuzco cria : cocorico ! » Ils éclatèrent de rire. Rire-sourire, tristesse-tendresse, fleur-bonheur, maman-océan, ils en trouvaient beaucoup. (Et qu’est-ce qui rime avec P’tit d’homme ? pensait Cuzco. Et il se mit à ronronner.)

      Si on jouait à l’école? - D’accord, dit Cuzco ; je suis la maitresse, et il fit vibrer ses vibrisses. Je vais vous apprendre à lire : facile, il y a les lettres qui chantent et qui font chanter les autres. - Alors apprends-nous à chanter, dit Grimace qui aimait la musique. - Tiens, dit Cuzco avec dodo, il y a le O qui chante, et il fait chanter le D, comme c’est écrit deux fois on le dit deux fois. Pareil pour dada, mais là c’est le A qui chante. Pour papa, le A fait chanter le P, pour pipi c’est le I qui fait chanter le P.     – Quelles sont les lettres qui chantent, alors ? demanda Blancbec. –A, E, I, O, U, répondit Cuzco.

    - Et pour doudou, demanda Doudou le chat roux. – Ah, là, c’est rigolo, dit Cuzco. Il y a deux lettres qui chantent ensemble. (Je me demande, pensa-t-il, si P’tit d’homme chante avec sa maman, ou avec son papa). Le O et le U ensemble ça fait OU, ils font chanter le D, et comme c’est écrit deux fois on le dit deux fois : doudou. 

    - C’est la récré, dit Grimace qui en avait assez, et ils coururent tous se rouler dans l’herbe. 


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  • "La faune", tiré du recueil Famines, écrit en 1950:

    Et toi, que manges-tu, grouillant ?

    - Je mange le velu qui digère le

    pulpeux qui ronge le rampant.

    Et toi, rampant, que manges-tu ?

    - Je dévore le trottinant qui bâfre

    l’ailé qui croque le flottant.

    Et toi, flottant, que manges-tu ?

    - J’engloutis le vulveux qui suce

    le ventru qui mâche le sautillant.

    Et toi, sautillant, que manges-tu ?

    - Je happe le gazouillant qui gobe

    le bigarré qui égorge le galopant.

    Est-il bon, chers mangeurs, est-il

    bon, le goût du sang ?

    - Doux, doux ! tu ne sauras jamais

    comme il est doux, herbivore !


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  •  La vie profonde

    Être dans la nature ainsi qu'un arbre humain,
    Étendre ses désirs comme un profond feuillage, 
    Et sentir, par la nuit paisible et par l'orage, 
    La sève universelle affluer dans ses mains !

    Vivre, avoir les rayons du soleil sur la face,
    Boire le sel ardent des embruns et des pleurs, 
    Et goûter chaudement la joie et la douleur
    Qui font une buée humaine dans l'espace !

    Sentir, dans son cœur vif, l'air, le feu et le sang
    Tourbillonner ainsi que le vent sur la terre.
    - S'élever au réel et pencher au mystère,
    Être le jour qui monte et l'ombre qui descend.

    Comme du pourpre soir aux couleurs de cerise,
    Laisser du cœur vermeil couler la flamme et l'eau,
    Et comme l'aube claire appuyée au coteau
    Avoir l'âme qui rêve, au bord du monde assise...

    Anna de Noailles, "La vie profonde", dans le recueil Le Cœur innombrable, que vous pouvez écouter ici, lu par Véronique Vella de la Comédie-Française .

     

     


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  • A Suzâme "de ma main à l'écorce"  http://suzame-ecriture.over-blog.com/tag/textoesies/

     

    Sous la main posée sur l’écorce

    Court le fluide figé du Temps,

    Lent fleuve inerte,

    Ecoulement de lave végétale.

    Sous la main posée sur l’écorce

    Rencontre de deux pulsations,

    D’une vie courte et d’une lente,

    Accord sensible et doux de ces deux univers.


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  •  

    Au temps de la fraise

    Faut pas qu’on se baise

    Au temps des cerises

    On s’f’ra pas la bise

    Pour les abricots

    On s’f’ra plein de bécots !


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    Petit musicien

    Gai comme lutin

    Chante à ses peluches

    Qui piaillent comme perruches

    Sur un air moqueur

    La mélodie du bonheur.

    MUSICIEN


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  • Une goutte de pluie a roulé

    Au bout de mon nez.

    Je me suis mouchée,

    J’ai louché.

    J’ai vu deux nez

    Et le jardin tout trempé.

     

    IL PLEUT

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    Un escargot glisse

    Comme une limace,

    Laissant une trace.

    Au bord d’une flaque -

    Limace ou bien phoque ?

    Tes bottes font flic-floc.   


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  • J'ai été en communion de pensée avec Marie de Hennezel, entendue sur "les matins de France culture". Ma singularité me fait juste souhaiter mourir seule et chez moi.

    On peut réécouter ici:

    https://www.franceculture.fr/emissions/linvite-des-matins/marie-de-hennezel-est-linvitee-des-matins


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