•  

    on parle de rideaux de pluie

    comme de rideaux de perles

    que se passe-t-il au-delà

    la montagne existe-t-elle

     

    on est mouillé de l’intérieur

    on nage en soi, si l’on se noie

    peut-être verra-t-on la mer

    la trouble mer qu’on porte en soi

    Jean-Claude Pirotte (1939-2014)


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  • "Celui qui chante va de la joie à la mélodie, celui qui entend, de la mélodie à la joie."

    (Extrait de "A quatre voix")


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  • Voici un passage de "Chronique"  (Gallimard.)

     Grand âge, nous voici. Rendez-vous pris, et de longtemps, avec cette heure de grand sens.

       Le soir descend, et nous ramène, avec nos prises de haute mer. Nulle dalle familiale où retentisse le pas de l’homme. Nulle demeure à la ville ni cour pavée de roses de pierre sous les voûtes sonores.

       Il est temps de brûler nos vieilles coques chargées d’algues. La Croix du Sud est sur la Douane ; la frégate-aigle a regagné les îles ; l’aigle-harpie est dans la jungle, avec le singe et le serpent-devin. Et l’estuaire est immense sous la charge du ciel.

       Grand âge, vois nos prises : vaines sont-elles, et nos mains libres. La course est faite et n’est point faite ; la chose est dite et n’est point dite. Et nous rentrons chargés de nuit, sachant de naissance et de mort plus que n’enseigne le songe d’homme. Après l’orgueil, voici l’honneur, et cette clarté de l’âme florissante dans l’épée grande et bleue.

       Hors des légendes du sommeil toute cette immensité de l’être et ce foisonnement de l’être et tout ce pouvoir d’être, ah ! tout ce très grand souffle voyageur qu’à ses talons soulève, avec l’envol de ses longs plis – très grand profil en marche en marche au carré de nos portes – le passage à grands pas de la Vierge nocturne !

     


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  • A L’ENVERS

            A    l’envers du commun des hommes qui, dans leurs menus souhaits échangent des « Dix mille années »,   

            J’appelle avec vœux la clôture de la Grande Année de Monde, et qu’il s’endorme vite dans le chaos sans bonté.

            A l’envers de leur nature les êtres alors agiront : l’eau brûlant, le feu noyant toute la chose et tout l’esprit.

    *

            Vienne cette heure renversée, la Douzième : son moment, qu’il me sera doux !

            A l’envers de ma nature les désirs alors agiront :

            Peut-être me sentirai-je bon parmi les principes à l’envers ?

    Bouquins Robert Laffont


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  • Je me suis lancée dans la tentative de traduction (!!) d'un poème de jeunesse de Rilke, que j'aime beaucoup. Je vous la livre...

     

    RITTER

    Reitet der Ritter in schwarzem Stahl

    hinaus in die rauschende Welt.

    Und draußen ist Alles: der Tag und das Tal

    und der Freund und der Feind und das Mahl im Saal

    und der Mai und die Maid und der Wald und der Gral,

    und Gott ist selber vieltausendmal

    an alle Straßen gestellt.

     

    Doch in dem Panzer des Ritters drinnen,

    hinter den finstersten Ringen,

    hockt der Tod und muß sinnen und sinnen:

    Wann wird die Klinge springen

    über die Eisenhecke,

    die fremde befreiende Klinge,

    die mich aus meinem Verstecke

    holt, drin ich so viele

    gebückte Tage verbringe, -

    daß ich mich endlich strecke

    und spiele

    und singe.

     

    Chevauche, chevalier d’acier noir,

    Traverse la rumeur du monde.

    Au dehors est le tout : et la veille et la treille

    L’ami et l’ennemi, le repas en repos,

    Et le Mai et l’amie et le val et le Graal,

    Et Dieu lui-même par milliers

    Aux croisées de tous les chemins.

     

    Mais, chevalier reclus dedans sa carapace

    Derrière le casque noir,

    Où la mort est tapie, doit méditer encore :

    Quand surgira  la lame

    Qui trouera la cuirasse,

    Lame d’ailleurs, libératrice,

    Me délivrant de cette cache

    Où je fus si longtemps ployé ,-

    Je pourrai enfin m’élever

    Et jouer

    Et chanter. 


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  •  Il y parle d'équinoxe, et nous venons de passer le solstice...

    Chant pour un équinoxe

      L’autre soir il tonnait, et sur la terre aux tombes j’écoutais retentir cette réponse à l’homme, qui fut brève, et ne fut que fracas.

     

      Amie, l’averse du ciel fut avec nous, la nuit de Dieu fut notre intempérie, et l’amour, en tous lieux, remontait vers ses sources.

     

      Je sais, j’ai vu : la vie remonte vers ses sources, la foudre ramasse ses outils dans les  carrières désertées, le pollen jaune des pins s’assemble aux angles des terrasses, et la semence de Dieu s’en va rejoindre en mer les nappes mauves du plancton.

      Dieu l’épars nous rejoint dans la diversité.           

                                                                      *

      Sire, Maître du sol, voyez qu’il neige, et le ciel est sans heurt, la terre franche et tout le bât : terre de Seth et de Saül, de Che Houang-ti et de Cheops.

     

      La voix des hommes est dans les hommes, la voix du bronze dans le bronze, et quelque part au monde où le ciel fut sans voix et le siècle n’eut garde,

     

      un enfant nait au monde dont nul ne sait la race ni le rang, et le génie frappe à coups sûrs aux lobes d’un front pur.

     

      Ô Terre, notre Mère, n’ayez souci de cette engeance : le siècle est prompt, le siècle est foule, et la vie va son cours.

      Un chant se lève en nous qui n’a connu sa source et qui n’aura d’estuaire dans la mort :

     

      équinoxe d’une heure entre la Terre et l’homme.

     

    Œuvres complètes. Gallimard


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  • BOULE-PANORAMA

     Puis naquirent les planètes

    avec, pour rayons, des soies de porc,

    des astres en métal blanc

    semés d’une chapelure d’ozone,

    et d’autres

    dont la bouche était un timbre de caoutchouc ;

    tous

    rayèrent une nuit soumise au froid industriel.

     

    Dans « les poètes de l’univers » anthologie de Jean-Pierre Luminet


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  • Bon dieu de bon dieu que j’ai envie d’écrire un petit poème

    Tiens en voilà un justement qui passe

    Petit petit petit

    viens ici que je t’enfile

    sur le fil du collier de mes autres poèmes

    viens ici que je t’entube

    dans le comprimé de mes œuvres complètes

    viens ici que je t’enpapaouète

    et que je t’enrime

    et que je t’enrythme

    et que je t’enlyre

    et que je t’enpégase

    et que je t’enverse

    et que je t’enprose

     

    la vache

    il foutu le camp

    Poésie/Gallimard/Télérama


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  •  

    Tout le monde sait que je n’ai jamais murmuré la moindre prière.

     Tout le monde sait aussi que je n’ai jamais essayé de dissimuler mes défauts.

     J’ignore s’il existe une Justice et une Miséricorde…

     Cependant, j’ai confiance, car j’ai toujours été sincère.

     Traduction Franz Toussaint. L'édition d'art H. Piazza


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  • Je retrouve Musset, poète favori de mon adolescence romantique. Et ce sonnet, qui, à nouveau, me parle fort:

    J’ai perdu ma force et ma vie,

    Et mes amis, et ma gaîté ;

    J’ai perdu jusqu’à la fierté

    Qui faisait croire à mon génie.

     

    Quand j’ai connu la vérité,

    J’ai cru que c’était une amie ;

    Quand je l’ai comprise et sentie,

    J’en étais déjà dégoûté.

     

    Et pourtant elle est éternelle,

    Et ceux qui se sont passés d’elle,

    Ici-bas ont tout ignoré.

     

    Dieu parle, il faut qu’on lui réponde.

    Le seul bien qui me reste au monde

    Est d’avoir quelquefois pleuré.


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