• "La faune", tiré du recueil Famines, écrit en 1950:

    Et toi, que manges-tu, grouillant ?

    - Je mange le velu qui digère le

    pulpeux qui ronge le rampant.

    Et toi, rampant, que manges-tu ?

    - Je dévore le trottinant qui bâfre

    l’ailé qui croque le flottant.

    Et toi, flottant, que manges-tu ?

    - J’engloutis le vulveux qui suce

    le ventru qui mâche le sautillant.

    Et toi, sautillant, que manges-tu ?

    - Je happe le gazouillant qui gobe

    le bigarré qui égorge le galopant.

    Est-il bon, chers mangeurs, est-il

    bon, le goût du sang ?

    - Doux, doux ! tu ne sauras jamais

    comme il est doux, herbivore !


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  •  La vie profonde

    Être dans la nature ainsi qu'un arbre humain,
    Étendre ses désirs comme un profond feuillage, 
    Et sentir, par la nuit paisible et par l'orage, 
    La sève universelle affluer dans ses mains !

    Vivre, avoir les rayons du soleil sur la face,
    Boire le sel ardent des embruns et des pleurs, 
    Et goûter chaudement la joie et la douleur
    Qui font une buée humaine dans l'espace !

    Sentir, dans son cœur vif, l'air, le feu et le sang
    Tourbillonner ainsi que le vent sur la terre.
    - S'élever au réel et pencher au mystère,
    Être le jour qui monte et l'ombre qui descend.

    Comme du pourpre soir aux couleurs de cerise,
    Laisser du cœur vermeil couler la flamme et l'eau,
    Et comme l'aube claire appuyée au coteau
    Avoir l'âme qui rêve, au bord du monde assise...

    Anna de Noailles, "La vie profonde", dans le recueil Le Cœur innombrable, que vous pouvez écouter ici, lu par Véronique Vella de la Comédie-Française .

     

     


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  • de Michel Leiris:

    Sans fracas

    la ténèbre se dissipe et,

    la bouche s’éveillant,

    l’enfer pour un peu deviendrait paradis.


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  •  

    Le feu qui danse

    L’oiseau qui chante

    Le vent qui meurt

                   Les vagues de la glace

                   Et les flots de rumeur

    Dans l’oreille les cris lointains

                                du jour qui passe

             toutes les flammes lasses

             la voix du voyageur

    Toute la poudre au ciel

        Le talon sur la terre

    L’œil fixé sur la route

        Où les pas sont inscrits

    Que le nombre déroule

         Aux noms qui sont partis

    Dans les plis des nuages

         le visage inconnu

    Celui que l’on regarde

         Et qui n’est pas venu

     


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  •  

    XXXIX

    Au seuil de la pesanteur, le poète comme l’araignée construit sa route dans le ciel. En partie caché à lui-même, il apparait aux autres, dans les rayons de sa ruse inouïe, mortellement visible.


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  •  

    Je viens de relire avec grand plaisir "Les lettres de mon moulin". Ce texte est tiré de "En Camargue"; j'aurais pu le placer dans la rubrique La Lune...Comme ici, en bord de Gironde, le ciel y est une vaste et profonde coupole où la lune joue un rôle de star.

    " ...Tout à coup j'éprouve un tressaillement, une espèce de gêne nerveuse, comme si j'avais quelqu'un derrière moi. Je me retourne, et j'aperçois le compagnon des belles nuits, la lune, une large lune toute ronde, qui se lève doucement, avec un mouvement d'ascension d'abord très sensible, et se ralentissant à mesure qu'elle s'éloigne de l'horizon..."


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  • LE TEMPS PASSE

    Je n'admire tant la Lune

    que depuis que je sais qu'en arabe

    elle s'appelle QMR

    La lune joue sur l'enfance plane en des vagues qui se résorbent dans les feuilles des arbres cerceau subtil et lourd pâte d'éternité

    Un soldat s'immobilise au chant du hibou au cristal frappé du crapaud La lune chante les herbes pures du sommeil qui s'ignore

    Les rats dansent dans les villes Les gares se taisent et se taisent aussi ceux qui hurlent la nuit ceux qui geignent dans le silence

    La mémoire s'étend jusqu'au passé des autres Hypocrite érudit tu ne pleureras plus

    dispersé en toi-même

    nrf Gallimard


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  • La courbe de tes yeux fait le tour de mon cœur,

    Un rond de danse et de douceur,

    Auréole du temps, berceau nocturne et sûr,

    Et si je ne sais plus tout ce que j’ai vécu

    C’est que tes yeux ne m’ont pas toujours vu.

     

    Feuilles de jour et mousse de rosée,

    Roseaux du vent, sourires parfumés,

    Ailes couvrant le monde de lumière,

    Bateaux chargés du ciel et de la mer,

    Chasseurs des bruits et sources de couleurs

     

    Parfums éclos d’une couvée d’aurores

    Qui gît toujours sur la paille des astres,

    Comme le jour dépend de l’innocence

    Le monde entier dépend de tes yeux purs

    Et tout ton sang coule dans leurs regards.


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  •  

    on parle de rideaux de pluie

    comme de rideaux de perles

    que se passe-t-il au-delà

    la montagne existe-t-elle

     

    on est mouillé de l’intérieur

    on nage en soi, si l’on se noie

    peut-être verra-t-on la mer

    la trouble mer qu’on porte en soi

    Jean-Claude Pirotte (1939-2014)


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  • "Celui qui chante va de la joie à la mélodie, celui qui entend, de la mélodie à la joie."

    (Extrait de "A quatre voix")


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