• de Michel Leiris:

    Sans fracas

    la ténèbre se dissipe et,

    la bouche s’éveillant,

    l’enfer pour un peu deviendrait paradis.


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    Le feu qui danse

    L’oiseau qui chante

    Le vent qui meurt

                   Les vagues de la glace

                   Et les flots de rumeur

    Dans l’oreille les cris lointains

                                du jour qui passe

             toutes les flammes lasses

             la voix du voyageur

    Toute la poudre au ciel

        Le talon sur la terre

    L’œil fixé sur la route

        Où les pas sont inscrits

    Que le nombre déroule

         Aux noms qui sont partis

    Dans les plis des nuages

         le visage inconnu

    Celui que l’on regarde

         Et qui n’est pas venu

     


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  •  

    XXXIX

    Au seuil de la pesanteur, le poète comme l’araignée construit sa route dans le ciel. En partie caché à lui-même, il apparait aux autres, dans les rayons de sa ruse inouïe, mortellement visible.


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    Je viens de relire avec grand plaisir "Les lettres de mon moulin". Ce texte est tiré de "En Camargue"; j'aurais pu le placer dans la rubrique La Lune...Comme ici, en bord de Gironde, le ciel y est une vaste et profonde coupole où la lune joue un rôle de star.

    " ...Tout à coup j'éprouve un tressaillement, une espèce de gêne nerveuse, comme si j'avais quelqu'un derrière moi. Je me retourne, et j'aperçois le compagnon des belles nuits, la lune, une large lune toute ronde, qui se lève doucement, avec un mouvement d'ascension d'abord très sensible, et se ralentissant à mesure qu'elle s'éloigne de l'horizon..."


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  • LE TEMPS PASSE

    Je n'admire tant la Lune

    que depuis que je sais qu'en arabe

    elle s'appelle QMR

    La lune joue sur l'enfance plane en des vagues qui se résorbent dans les feuilles des arbres cerceau subtil et lourd pâte d'éternité

    Un soldat s'immobilise au chant du hibou au cristal frappé du crapaud La lune chante les herbes pures du sommeil qui s'ignore

    Les rats dansent dans les villes Les gares se taisent et se taisent aussi ceux qui hurlent la nuit ceux qui geignent dans le silence

    La mémoire s'étend jusqu'au passé des autres Hypocrite érudit tu ne pleureras plus

    dispersé en toi-même

    nrf Gallimard


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  • La courbe de tes yeux fait le tour de mon cœur,

    Un rond de danse et de douceur,

    Auréole du temps, berceau nocturne et sûr,

    Et si je ne sais plus tout ce que j’ai vécu

    C’est que tes yeux ne m’ont pas toujours vu.

     

    Feuilles de jour et mousse de rosée,

    Roseaux du vent, sourires parfumés,

    Ailes couvrant le monde de lumière,

    Bateaux chargés du ciel et de la mer,

    Chasseurs des bruits et sources de couleurs

     

    Parfums éclos d’une couvée d’aurores

    Qui gît toujours sur la paille des astres,

    Comme le jour dépend de l’innocence

    Le monde entier dépend de tes yeux purs

    Et tout ton sang coule dans leurs regards.


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    on parle de rideaux de pluie

    comme de rideaux de perles

    que se passe-t-il au-delà

    la montagne existe-t-elle

     

    on est mouillé de l’intérieur

    on nage en soi, si l’on se noie

    peut-être verra-t-on la mer

    la trouble mer qu’on porte en soi

    Jean-Claude Pirotte (1939-2014)


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  • "Celui qui chante va de la joie à la mélodie, celui qui entend, de la mélodie à la joie."

    (Extrait de "A quatre voix")


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  • Voici un passage de "Chronique"  (Gallimard.)

     Grand âge, nous voici. Rendez-vous pris, et de longtemps, avec cette heure de grand sens.

       Le soir descend, et nous ramène, avec nos prises de haute mer. Nulle dalle familiale où retentisse le pas de l’homme. Nulle demeure à la ville ni cour pavée de roses de pierre sous les voûtes sonores.

       Il est temps de brûler nos vieilles coques chargées d’algues. La Croix du Sud est sur la Douane ; la frégate-aigle a regagné les îles ; l’aigle-harpie est dans la jungle, avec le singe et le serpent-devin. Et l’estuaire est immense sous la charge du ciel.

       Grand âge, vois nos prises : vaines sont-elles, et nos mains libres. La course est faite et n’est point faite ; la chose est dite et n’est point dite. Et nous rentrons chargés de nuit, sachant de naissance et de mort plus que n’enseigne le songe d’homme. Après l’orgueil, voici l’honneur, et cette clarté de l’âme florissante dans l’épée grande et bleue.

       Hors des légendes du sommeil toute cette immensité de l’être et ce foisonnement de l’être et tout ce pouvoir d’être, ah ! tout ce très grand souffle voyageur qu’à ses talons soulève, avec l’envol de ses longs plis – très grand profil en marche en marche au carré de nos portes – le passage à grands pas de la Vierge nocturne !

     


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  • A L’ENVERS

            A    l’envers du commun des hommes qui, dans leurs menus souhaits échangent des « Dix mille années »,   

            J’appelle avec vœux la clôture de la Grande Année de Monde, et qu’il s’endorme vite dans le chaos sans bonté.

            A l’envers de leur nature les êtres alors agiront : l’eau brûlant, le feu noyant toute la chose et tout l’esprit.

    *

            Vienne cette heure renversée, la Douzième : son moment, qu’il me sera doux !

            A l’envers de ma nature les désirs alors agiront :

            Peut-être me sentirai-je bon parmi les principes à l’envers ?

    Bouquins Robert Laffont


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