• L'ILE DE PATIRAS

    J'ai retrouvé ces deux textes, écris en 1996, après un débarquement illicite sur l'île de Patiras, alors complètement à l'abandon.

    Île de Patiras.

      Comme un gros insecte plat se préparant à la toilette, l’île a tendu maladroitement sa patte de métal rouillé. Nous n’avons pas refusé cette invite, mais l’île nous a reçus avec réticence, nous offrant, avec la boue, de hautes herbes pleines de grattons d’où s’envolaient des nuées de moustiques. Nous avons traversé cette pampa incertaine où les roseaux ne se distinguaient pas du maïs, arrachant nos pas lourds à la succion de la glaise.

      Sur le mur de l’école abandonnée, j’ai cueilli un bouton de rose fort parfumé. Dans le chai inutile, les toiles d’araignées arquées comme de petits hamacs semblaient le reflet des copeaux de glaise qui s’étaient retroussés en séchant, témoignages des inondations de l’hiver. Il restait du vin en bouteilles et nous en avons pris. Larcin bien innocent, mais Patiras s’est vengée car le vin était mauvais.

      Nous sommes repartis à travers cette mouvance verte, avec des arbres comme amers, tandis que le château blanc d’un pétrolier défilait imperturbablement. A moins que l’île elle-même, vaincue par l’élément liquide, ne dérivât lentement devant le cargo statufié.

    Il faudra revenir, Patiras, un jour que tu seras plus sèche. Nous aurons alors le loisir de t’épingler dans nos souvenirs entomologistes.

     

    Patiras, nombril de Gironde,

    Comme un nœud dans la croissance d’un arbre.

    Étirée comme une navette sur du cuivre en fusion

    Et veloutée du vert de tes champs de maïs,

    Frôlée d’un bord par un pétrolier blanc

    Sur l’autre notre voilier tenu serré au ponton de métal.

     


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  • Commentaires

    3
    Mardi 17 Juin 2014 à 18:49

    Bonjour  Nounedeb,

    Quel joli texte. Et comme cette île  a changé. Maintenant elle fait partie des haltes de croisière et reçoit  beaucoup de monde. Tu y a été au bon moment.

    Bises bien amicales.

    Henri.

    2
    Lundi 16 Juin 2014 à 22:43

    Très belle évocation d'une île que je ne connais pas, au nom d'herbe et de pâturage.

    1
    Lundi 16 Juin 2014 à 14:38

    Etrange aventure, étonnante expérience, Noune, un "monde" abandonné par l'homme mais pas par une autre faune ... Un nom bien exotique pour cette île française.

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